Le Parti socialiste veut croire que sa primaire relancera sa marche vers l’Élysée. À observer sa préparation, c’est pourtant une tout autre impression qui se dégage : celle d’un parti qui organise avec un soin méticuleux le partage d’un héritage politique dont plus grand monde ne semble vouloir.

Depuis plusieurs semaines, les dirigeants socialistes peaufinent le règlement de leur consultation interne. Le bureau national a fixé la convocation du Parlement du PS au 25 août afin de valider les derniers arbitrages. Dépôt des candidatures à la mi-septembre, scrutin les 10 et 18 octobre : le calendrier est désormais presque bouclé. Mais à mesure que les cases se remplissent, le vide politique saute aux yeux.
Le débat qui monopolise les discussions est d’ailleurs révélateur de l’état du parti : combien faudra-t-il payer pour voter ? Dix euros pour les non-imposables, quinze à vingt euros pour les autres. Une primaire transformée en péage démocratique. L’argument est connu : les caisses sont vides, les militants se comptent désormais en milliers là où ils étaient des centaines de milliers. Faute d’adhérents, on sollicite le portefeuille des sympathisants.
Le paradoxe est cruel pour une formation qui prétend défendre les catégories populaires. Au moment où elle dénonce la vie chère et l’érosion du pouvoir d’achat, elle demande à ses propres électeurs de mettre la main à la poche pour participer à un scrutin dont personne ne peut encore dire s’il pèsera réellement sur l’élection présidentielle.
Ségolène Royal a saisi cette contradiction. En dénonçant sur X un tarif dissuasif et en plaidant pour une participation limitée à cinq euros, elle rappelle une évidence : une primaire est censée ouvrir un parti, pas en relever le ticket d’entrée. Mais derrière cette querelle tarifaire se cache une réalité autrement plus embarrassante : le PS cherche surtout à financer une opération dont il n’a plus les moyens.
Les tractations sur les parrainages offrent un spectacle tout aussi édifiant. Le seuil doit-il être suffisamment élevé pour éliminer les candidatures jugées encombrantes, ou suffisamment bas pour éviter que cette primaire ne se transforme en duel sans suspense ? Officiellement, il s’agit de préserver la crédibilité du scrutin. Officieusement, chacun cherche le curseur qui favorisera son camp. Les règles ne semblent plus pensées pour garantir une compétition ouverte, mais pour produire le casting le plus acceptable par l’appareil.
Et quel casting ! Olivier Faure hésite encore, Boris Vallaud entretient le flou, Raphaël Glucksmann reste dans l’expectative. Les seuls officiellement déclarés sont Philippe Brun et Jérôme Guedj. Karim Bouamrane regarde ailleurs. Bernard Cazeneuve refuse de cautionner ce qu’il qualifie d’« enlisement ». Quant à François Hollande, dont le retour alimente les conversations depuis des mois, son entourage affirme qu’il ne participera pas. Difficile d’imaginer démonstration plus éclatante d’un parti incapable de faire émerger une figure incontestable.
Le plus inquiétant n’est pourtant pas l’absence de candidat naturel. C’est l’absence d’envie. Cette primaire ne provoque ni attente populaire, ni confrontation d’idées, ni débat de fond. Elle ressemble à une longue réunion d’intendance où l’on discute davantage des droits d’inscription, des formulaires de parrainage et des équilibres internes que du redressement du pays.
À force de discuter des modalités plutôt que de la vision, le PS prend le risque de transformer ce qui devait être un acte fondateur en démonstration de son affaiblissement. Cette primaire, présentée comme le premier pas vers la reconquête, pourrait bien n’être que le constat officiel d’un déclassement politique. Une montagne de règlements, de calculs et de précautions… pour accoucher, une fois de plus, d’une souris.