
Au débat du MEDEF, tout le monde s’est intéressé à la performance des candidats. Mais une question, elle, est passée à la trappe : quelle a été la performance des patrons ?
Car à écouter les questions posées par les chefs d’entreprise, on avait parfois l’impression d’assister à une réunion qui tournait en boucle. Toujours les mêmes rengaines : les « charges », le poids de la fiscalité, l’excès de normes.
Comme si l’avenir de l’économie française pouvait se résumer à une seule obsession : comment payer moins ?
Mais où étaient les autres questions ? Où était la vision ?
Pas un mot, ou presque, sur la transition écologique. Rien sur le changement climatique. Rien sur l’intelligence artificielle. Rien sur la recherche et développement. Rien sur la désindustrialisation. Rien sur la perte de souveraineté industrielle.
Pourtant, les sujets ne manquent pas. Ils étaient là, à portée de micro. Il y avait mille questions à poser. Ils n’en ont posé aucune.
Mais diriger une entreprise, est-ce seulement réclamer davantage à la collectivité ?
On attendait autre chose du MEDEF. Une vision. Des propositions. Une réflexion sur les mutations qui bouleversent déjà notre économie. Pourtant, ce sont précisément ces sujets qui décideront de la puissance économique de la France dans les prochaines décennies. Le plus sidérant n’est donc pas ce que les patrons ont demandé.
C’est ce qu’ils n’ont pas demandé.
Comme si les entreprises françaises pouvaient continuer à fonctionner tranquillement pendant que le monde industriel change, que la Chine monte en puissance, que les États-Unis captent les technologies stratégiques, que l’intelligence artificielle bouleverse la production et que l’urgence climatique impose de revoir nos modèles économiques.
Et puis il y eut cette séquence révélatrice : lorsque Jean-Luc Mélenchon évoque l’augmentation du SMIC, une partie de la salle rigole.
On peut être radicalement opposé à cette mesure. On peut considérer qu’elle détruirait des emplois, qu’elle fragiliserait certaines entreprises ou qu’elle serait économiquement contre-productive.
Mais on ne rit pas de millions de salariés qui vivent avec le salaire minimum.
On argumente.
Le mépris n’est pas une politique économique.
À la sortie du débat Pierre Gattaz, ancien président du MEDEF, a ensuite choisi l’invective contre LFI, allant jusqu’à ressortir les éternelles comparaisons avec le Venezuela et l’ex-URSS.
Voilà donc où en serait le débat économique : d’un côté, les « charges » et les normes ; de l’autre, le Venezuela et l’URSS.
Une France qui désindustrialise. Une France qui cherche à retrouver sa souveraineté. Une France qui doit investir massivement dans la recherche, l’énergie, les infrastructures, l’intelligence artificielle et la transition écologique.
C’est cela que nous aurions aimé entendre au MEDEF.
Car le patronat ne peut pas réclamer en permanence des efforts à l’État, aux salariés et aux contribuables tout en refusant de se poser la question de sa propre responsabilité.
Sur le fond, Jean-Luc Mélenchon a au moins fait ce que l’on attend d’un responsable politique : il a défendu une ligne, présenté des propositions et assumé des choix.
On peut les contester. On peut les combattre. Mais on ne peut pas sérieusement prétendre qu’il n’y a rien à discuter.
Le débat démocratique mérite mieux que des rires et des anathèmes.
Et le patronat français mérite mieux que de donner l’impression qu’il ne sait parler que de ses propres intérêts.
Un patronat qui veut être entendu sur l’avenir de la France doit d’abord montrer qu’il s’intéresse à autre chose qu’à ce que la France peut lui coûter.