Fabien Roussel remet le couvert. Après les 2,28 % obtenus en 2022, le secrétaire national du Parti communiste français a décidé de repartir à la conquête de l’Élysée. Il a officialisé sa candidature ce dimanche 6 septembre sur TF1.

image TF1 Fabien Roussel

On pourrait saluer la constance. On pourrait aussi se demander si, en politique, l’obstination finit toujours par devenir une stratégie.

Les militants communistes ont approuvé sa candidature à 72 %, sur environ 24 000 votants. Mais derrière ce chiffre, l’unité affichée est largement à relativiser. Dans certains secteurs, la contestation est sérieuse. À Tours, les militants de la section du PCF ont rejeté la candidature à 70 %. Chez les jeunes communistes également, des voix s’élèvent pour réclamer une candidature unique autour de Jean-Luc Mélenchon.

Pourquoi cette insistance à partir seul ?

La question mérite d’être posée, car Fabien Roussel connaît parfaitement le précédent de 2022. Cette année-là, Jean-Luc Mélenchon terminait troisième, à environ 420 000 voix de la qualification pour le second tour, tandis que le candidat communiste recueillait 2,28 % des suffrages.

Bien sûr, personne ne peut affirmer mécaniquement que les électeurs de Fabien Roussel auraient tous voté pour Jean-Luc Mélenchon. Une élection ne se résume pas à une addition de pourcentages. Mais il faut avoir une sacrée dose d’amnésie politique pour faire comme si la division de la gauche n’avait joué aucun rôle.

Et voilà que quatre ans plus tard, on recommence.

Même méthode, même risque, mais avec encore moins de justification.

Fabien Roussel explique vouloir défendre « un vrai changement », redonner du pouvoir d’achat et respecter les travailleurs, avec « un projet de rupture pour notre pays ». Très bien. Mais où est la différence fondamentale avec le programme de La France insoumise ? Où est la rupture qui justifierait de prendre le risque de diviser encore les voix de gauche ?

Pour l’instant, elle est difficile à voir.

Le problème n’est évidemment pas que le PCF ait des idées différentes de LFI. Le pluralisme est légitime. Le problème est de transformer ces différences en candidature présidentielle lorsque l’enjeu principal est précisément d’éviter une nouvelle élimination de la gauche au premier tour.

À moins que l’objectif ne soit plus de gagner.

À moins qu’il s’agisse simplement, une nouvelle fois, de faire entendre une voix communiste, d’entretenir une existence politique et de sauver quelques pourcentages dans les urnes.

Dans ce cas, il faut le dire franchement : ce n’est pas une candidature de conquête, c’est une candidature de témoignage.

Fabien Roussel revendique pourtant son choix en expliquant connaître « la France de l’intérieur », ses « souffrances » et ses « espérances ». Mais connaître la France ne suffit pas à gagner une présidentielle. Encore faut-il être capable de rassembler suffisamment de Français pour accéder au second tour.

Et c’est là que le bât blesse.

Car pendant que la gauche se divise, l’extrême droite n’a pas ce problème. Elle regarde, compte les divisions et peut se frotter les mains.

La réponse de Mathilde Panot, ce matin sur BFMTV, résume brutalement la situation : « Chacun prend ses responsabilités », avant d’ajouter : « J’espère que tout le monde apprendra de ce qui s’est passé en 2022. »

Difficile de faire plus clair.

Fabien Roussel prend donc ses responsabilités. Très bien. Mais qu’il ne vienne pas ensuite expliquer que personne ne l’avait prévenu.

La présidentielle n’est pas un congrès du Parti communiste. Elle ne récompense pas celui qui affirme le mieux son identité politique. Elle récompense celui qui parvient à franchir les étapes du scrutin.

On peut vouloir exister. On peut vouloir gagner. Mais il faut choisir.

Fabien Roussel a choisi d’exister.

 

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