La campagne présidentielle de 2027 commence progressivement à prendre forme. À Hénin-Beaumont, dans son fief du Pas-de-Calais, Marine Le Pen a prononcé dimanche 13 septembre son discours de rentrée politique, après un week-end de travail à huis clos au Touquet avec les parlementaires du Rassemblement national.

Devant ses militants, la candidate du RN a choisi de mettre l’accent sur une préoccupation centrale des Français : le logement. Marine Le Pen affirme vouloir en faire « le cœur de son combat présidentiel ».
« En cinq ans, je veux ramener la situation du logement à la normale », a-t-elle déclaré. Son projet, explique-t-elle, repose sur trois piliers : « construire davantage, mieux utiliser le parc existant et favoriser l’accès à la propriété ».
Abroger la loi SRU et réorienter le logement social
La candidate du Rassemblement national entend également s’attaquer à la loi SRU, qui impose notamment aux communes certaines obligations en matière de logements sociaux.
Marine Le Pen souhaite son « abrogation » et défend parallèlement la vente « d’un certain nombre de HLM aux Français ». Elle propose également l’« expulsion des familles délinquantes » des logements sociaux.
Une orientation qui marque la volonté du RN de faire du logement un thème à la fois social et politique, en associant accession à la propriété, construction et réforme du parc social.
« Nous nous devons de mener la bataille sociale »
Autre volet de son discours : le pouvoir d’achat et la fiscalité. Marine Le Pen a appelé à une baisse de la TVA, dénonçant le poids croissant des taxes et des prélèvements.
« Il est injuste que l’État vienne tout vous prendre, vous empêche de profiter de la vie », a-t-elle lancé.
La candidate s’est également interrogée sur l’utilisation de l’argent public : « Où passe l’argent, quand les taxes et prélèvements s’alourdissent et que les services aux Français s’effondrent ? »
Avant de marteler : « Nous nous devons de mener la bataille sociale. »
À travers ce discours, Marine Le Pen cherche ainsi à installer le RN sur un terrain qui dépasse les seules questions identitaires ou sécuritaires, en faisant du niveau de vie, du logement et de l’accès à la propriété des axes majeurs de sa campagne.
Marine Le Pen veut également donner à sa candidature une dimension plus large. Selon elle, le projet du Rassemblement national représente « davantage qu’une alternance », mais « une impulsion pour les années à venir ».
Elle promet ainsi une « renaissance » et termine son discours sur une référence inattendue à la culture et à l’esthétique : renouer avec « le beau » et « l’élégance », « comme à la Renaissance ».
Un discours destiné à projeter le RN au-delà de son image traditionnelle et à présenter Marine Le Pen comme une candidate capable d’incarner un projet global pour le pays.
Les tensions internes restent en arrière-plan
Pour autant, un sujet est resté absent du discours : les tensions qui peuvent traverser le parti et, plus largement, les interrogations sur la stratégie à adopter pour élargir l’électorat du RN.
Dans les rangs militants, certains estiment que Marine Le Pen ne pourra l’emporter sans parvenir à convaincre une partie de l’électorat souverainiste.
« Dans un sondage, les souverainistes sont à plus de 51 % en France », avance ainsi l’un des militants présents à Hénin-Beaumont. Un chiffre qui mériterait d’être précisément documenté, mais qui traduit une interrogation bien réelle sur la capacité du RN à rassembler au-delà de son socle électoral.
Dans ce contexte, la rencontre récente entre Jordan Bardella et Nigel Farage, figure de l’euroscepticisme britannique et fondateur du parti du Brexit, peut également interroger.
Faut-il y voir un simple échange entre responsables politiques partageant certaines positions sur l’Europe et la souveraineté, ou si, derrière cette rencontre britannique, Jordan Bardella cherchait aussi à envoyer un message aux souverainistes français ?