Après avoir réuni les principaux chefs de parti à l’Élysée, Emmanuel Macron a dressé vendredi un tableau particulièrement préoccupant de la situation internationale. Menace russe, tensions au Moyen-Orient, flambée des prix de l’énergie : le président de la République appelle à la vigilance et à l’unité, tout en annonçant de nouvelles mesures pour sécuriser les approvisionnements français.

« La nature de l’agressivité russe change »
Emmanuel Macron a commencé sa conférence de presse par un avertissement sur l’évolution de la menace russe en Europe.
« Ces dernières semaines, la menace hybride russe à l’égard des Européens et de la France s’est intensifiée », a déclaré le chef de l’État, estimant que Moscou multiplie désormais les actions visant les intérêts européens.
Le président a notamment évoqué l’attaque de drone russe contre un train reliant Kiev à Varsovie ainsi que la tentative d’attaque visant l’aéroport de Leipzig.
Pour Emmanuel Macron, un changement de nature est à l’œuvre : « La nature de l’agressivité russe change. »
Face à cette situation, le chef de l’État a réaffirmé le soutien français à l’Ukraine. « Le soutien à l’Ukraine est plus que jamais indispensable. Il est la condition de notre sécurité et le retour à une paix juste », a-t-il affirmé.
La France et le Royaume-Uni poursuivront dans ce cadre leur coopération au sein de la coalition des volontaires. Des exercices doivent notamment débuter prochainement sur le sol européen.
Infrastructures critiques : Macron demande un nouveau plan de protection
Le président a également demandé au gouvernement de préparer un plan destiné à renforcer la protection des infrastructures critiques françaises.
Les sites liés à l’industrie de défense sont particulièrement concernés. Le gouvernement devra également renforcer les dispositifs contre les ingérences étrangères et les cyberattaques.
« Il faut de la vigilance », a insisté Emmanuel Macron, qui a confirmé que la France avait déjà été visée par plusieurs attaques hybrides.
Il a évoqué des attaques informationnelles et cyber, mais aussi « plusieurs attaques très claires, physiques, dans l’espace européen », qu’il affirme être « documentées » et « attribuées ».
Le chef de l’État a prévenu qu’une éventuelle attaque directe pourrait ne pas être précédée d’un avertissement : « Il n’y a pas eu de message d’alerte […], donc il faut de la vigilance. »
Selon lui, « ce risque, il existe, il est réel et la menace a été rehaussée ».
Prix de l’énergie : Macron pointe les guerres et le détroit d’Ormuz
Autre sujet central de la conférence de presse : la flambée des prix de l’énergie, qui pèse lourdement sur les ménages et les entreprises.
Emmanuel Macron estime que cette hausse est directement liée au contexte géopolitique. « Cette situation est due intégralement aux guerres et à la situation internationale », a-t-il déclaré.
Le président a notamment cité la guerre en Ukraine et la fermeture du détroit d’Ormuz, passage stratégique pour le transport des hydrocarbures.
Selon lui, le transit dans cette zone s’est fortement dégradé malgré les itinéraires de contournement. À cette situation s’ajoute « la destruction des infrastructures énergétiques en Russie et en Ukraine ».
Résultat, estime le chef de l’État : « une explosion des prix de l’énergie partout dans le monde ».
La France veut sécuriser ses réserves
Face à cette crise, Emmanuel Macron veut agir sur deux fronts : sécuriser les approvisionnements et diversifier les sources d’énergie.
La France doit notamment « faciliter la réouverture pacifique du détroit d’Ormuz » et « sécuriser nos volumes et nos approvisionnements sur les catégories les plus sensibles ».
Le chef de l’État a cité en particulier le gaz et le jet fuel.
Il s’est également voulu rassurant sur les stocks français de gaz. La France devrait atteindre « 80 % » de remplissage de ses réserves pour l’hiver.
Emmanuel Macron a toutefois souligné que la situation restait plus délicate à l’échelle européenne : « L’Europe en tant que telle reste dépendante du gaz plus que la France elle-même. »
Paris multiplie les contacts pour contourner les dépendances
Pour réduire sa vulnérabilité, la France accélère ses discussions avec plusieurs pays producteurs et partenaires stratégiques.
Arabie saoudite, Irak, Qatar, Émirats arabes unis, Égypte, Nigeria : Emmanuel Macron a détaillé les démarches diplomatiques engagées ces dernières semaines.
« Nous avons accéléré les travaux lancés par la France pour multiplier les corridors énergétiques et réduire les dépendances », a-t-il expliqué.
Le président a notamment évoqué des projets d’acheminement d’hydrocarbures depuis l’Irak vers la Méditerranée occidentale ainsi que des discussions avec l’Inde.
Avec l’Arabie saoudite et l’Égypte, Paris travaille également à faciliter l’acheminement de produits raffinés.
Le Canada fait lui aussi partie des partenaires sollicités. Emmanuel Macron souhaite renforcer les échanges avec Ottawa, notamment autour des produits raffinés et du gaz naturel liquéfié.
Un G7 consacré à l’énergie
Pour coordonner les réponses internationales, la France va convoquer un G7 consacré à l’énergie.
L’objectif sera notamment de « travailler à une meilleure coordination sur les niveaux de stocks », a annoncé Emmanuel Macron.
Le président a également indiqué avoir saisi la présidente de la Commission européenne sur cette question.
En France, le Premier ministre devra, dès lundi, coordonner les actions supplémentaires décidées par l’exécutif.
Les priorités sont clairement affichées : sécuriser les approvisionnements, éviter les ruptures, améliorer la gestion des stocks, accélérer l’électrification et réduire les dépendances énergétiques.
Le gouvernement devra également « consolider les mesures d’accompagnement de nos compatriotes et des grandes filières économiques ».
Pas de blocage des prix, mais de nouvelles aides annoncées
Interrogé sur les mesures susceptibles de faire baisser les prix de l’énergie, Emmanuel Macron a renvoyé aux prochaines annonces du Premier ministre.
Le chef de l’État a néanmoins écarté la piste d’un blocage des prix, défendue notamment par La France insoumise.
« Il faut être honnête avec les Français », a-t-il déclaré, rappelant les mesures de protection mises en place pendant la crise du Covid-19 et lors de la crise énergétique.
Emmanuel Macron a également insisté sur la contrainte budgétaire : « Nous avons une exigence de finances publiques. »
Pour le président, la hausse actuelle des prix n’est pas comparable à celle qui avait alimenté la crise des Gilets jaunes. « Elle est la conséquence de la situation géopolitique », a-t-il affirmé.
« Avant de dépenser de l’argent, il faut être mobilisé pour en traiter les causes. C’est ce que nous faisons », a-t-il ajouté.
Des mesures d’accompagnement supplémentaires devraient toutefois être mises en place pour les secteurs les plus dépendants aux énergies fossiles et pour les Français particulièrement exposés à la hausse des carburants, notamment les « gros rouleurs ».
Face au risque social, Macron appelle à « rester unis »
Alors que la hausse des prix nourrit les inquiétudes et fait craindre de nouvelles mobilisations, Emmanuel Macron a défendu la nécessité du dialogue politique.
Il a qualifié la réunion avec les responsables des différentes formations politiques de « devoir » de « transparence ».
« Je le ferai autant de fois que j’estimerai que ce sera nécessaire et pertinent pour la qualité du débat démocratique », a-t-il assuré.
Le président a reconnu que « nos compatriotes vivent dans leur chair les conséquences » des guerres en Ukraine et au Moyen-Orient.
Il appelle toutefois à « rester unis », estimant que « la division nous rendra moins forts pour affronter ces crises ».
Emmanuel Macron a reconnu que « les mobilisations sociales sont toujours légitimes », tout en estimant qu’elles ne sont réellement « efficaces » que lorsqu’elles peuvent déboucher sur une décision relevant du gouvernement.
« Elles disent une souffrance, mais elles ne produisent pas de solution », a-t-il déclaré.
« L’émotion », « la colère » et « le désespoir » des Français
Interrogé de nouveau sur la situation des ménages, Emmanuel Macron a reconnu la gravité de la situation pour certaines familles.
« L’émotion », « la colère » et parfois « le désespoir » sont bien présents face à une situation qu’il qualifie lui-même d’« intenable ».
Le président assure toutefois agir « avec méthode ».
Son objectif affiché est désormais double : limiter les conséquences immédiates de la flambée énergétique et réduire les dépendances françaises afin de mieux résister aux prochaines crises internationales.
Emmanuel Macron a enfin annoncé qu’il reprendrait la parole devant la presse « en deuxième partie de semaine prochaine » pour faire un nouveau point sur la situation.