aphaël Glucksmann au 20H de TF1

Raphaël Glucksmann est candidat. Et il ne cache pas ses ambitions : « On va gagner l’élection présidentielle. » La formule est offensive, presque provocatrice. Mais elle dit surtout une chose : le coprésident de Place publique ne se lance pas dans cette primaire socialiste pour faire de la figuration.

Il veut prendre le pouvoir dans son camp. Et, surtout, il veut redessiner le visage de la gauche.

Son message est limpide : avec lui, pas question de renouer avec Jean-Luc Mélenchon. « Si je gagne cette primaire, il n’y aura plus jamais d’accord avec Jean-Luc Mélenchon », affirme-t-il.

Cette rupture est loin d’être secondaire. Elle constitue même l’un des marqueurs essentiels de sa candidature. Glucksmann veut convaincre qu’il existe une autre voie pour la gauche : une gauche sociale, écologique, européenne et républicaine, qui ne serait plus condamnée à choisir entre l’effacement électoral et les compromis avec La France insoumise.

Mais cette stratégie est-elle réellement capable de rassembler ?

La gauche peut-elle encore rêver de majorité ?

Glucksmann parle de clarté. Il affirme que « la seule manière pour la gauche de revenir au pouvoir est d’être absolument claire ».

Sur le papier, difficile de lui donner tort. Depuis des années, la gauche française donne parfois le sentiment de parler plusieurs langues à la fois. Elle promet l’unité tout en cultivant les divisions. Elle réclame le rassemblement tout en passant son temps à définir qui n’en fait pas partie.

Glucksmann veut donc prendre le problème à l’envers : plutôt que de chercher à réunir tout le monde à tout prix, il veut d’abord construire une ligne politique assumée, puis rassembler autour d’elle.

Il tend la main aux Écologistes, au Parti communiste et même à François Hollande. Mais pas à Mélenchon.

C’est un pari. Un pari risqué, mais cohérent.

Le social au cœur du discours

Glucksmann sait qu’une gauche uniquement centrée sur les institutions, l’Europe ou l’écologie ne suffira pas à reconquérir les classes populaires.

Sur TF1, il a donc choisi de mettre en avant une préoccupation très concrète : « que les travailleurs français vivent mieux de leur travail. »

Cette phrase peut sembler évidente. Elle est pourtant politiquement essentielle.

Car si la gauche veut redevenir majoritaire, elle devra répondre à une question simple : qu’est-ce qu’elle change réellement dans la vie quotidienne ?

Salaires, pouvoir d’achat, école publique, services publics : c’est sur ce terrain que se jouera une partie de la bataille.

La proposition de taxer davantage les « méga-héritages », avec 15 milliards d’euros de recettes annoncées, s’inscrit dans cette logique. Même chose pour le projet de « sauvetage » de l’école publique.

Glucksmann tente ainsi de démontrer qu’une gauche réformiste peut aussi être une gauche qui redistribue, protège et transforme.

Une primaire loin d’être gagnée

Pour autant, rien ne dit que les socialistes lui donneront les clés de la maison.

La primaire compte déjà plusieurs candidats : Philippe Brun, Jérôme Guedj, Ségolène Royal, Bernard Cazeneuve, François Hollande, Olivier Faure et désormais Raphaël Glucksmann.

Et cette liste pourrait encore évoluer.

Le campus du Parti socialiste à Blois, du 28 au 30 août, pourrait être un moment déterminant. Les ambitions vont se confronter, les stratégies vont se préciser et les alliances commenceront peut-être à se dessiner.

Car cette primaire ne sera pas seulement un concours de personnalités. Elle sera un choix de ligne.

Une gauche qui assume le rassemblement avec toutes ses composantes ? Une gauche qui rompt avec Mélenchon ? Une gauche davantage sociale ? Davantage écologique ? Davantage européenne ? Ou une improbable synthèse de toutes ces orientations ?

Glucksmann, rêveur ou futur candidat ?

Raphaël Glucksmann bénéficie d’une dynamique. Il est crédité d’environ 10 % dans plusieurs sondages. Mais transformer une popularité en victoire à une primaire est une autre histoire.

Et c’est là que sa déclaration prend une dimension presque utopique.

« On va gagner l’élection présidentielle. »

Avant même d’avoir remporté la primaire, Glucksmann parle déjà de victoire finale.

Est-ce de l’assurance ? De l’ambition ? Ou simplement la conviction nécessaire à celui qui prétend reconstruire une gauche conquérante ?

La politique française manque rarement de candidats qui rêvent de l’Élysée. Elle manque davantage de candidats capables de transformer leur rêve en mouvement populaire.

Glucksmann devra donc répondre à une question fondamentale : peut-il convaincre au-delà de son électorat actuel ?

Car une gauche qui veut gouverner ne peut pas seulement séduire les convaincus. Elle doit parler aux abstentionnistes, aux salariés, aux employés, aux classes moyennes, aux jeunes, aux électeurs écologistes, socialistes et communistes — et même à ceux qui ont cessé de croire qu’un changement politique était encore possible.

Le pari de Glucksmann est donc immense.

Il veut tourner la page Mélenchon, reconstruire un espace social-démocrate et écologique et, surtout, rendre à la gauche une ambition qu’elle semble avoir perdue : celle de gagner.

Reste à savoir si les Français ont envie de tourner cette page avec lui.

 

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