La baisse annoncée du prix du lait en Europe ne constitue ni une surprise ni un accident conjoncturel. Elle est la conséquence directe d’un déséquilibre durable entre les volumes produits et les débouchés, en Europe comme à l’échelle mondiale.

Après plusieurs années de prix soutenus, la filière laitière européenne a enregistré une augmentation significative des volumes, sans réelle anticipation des capacités d’absorption du marché : +20 millions de tonnes de production entre 2000 et 2022 et +30 millions de tonnes de collecte entre 2000 et 2023. Or, quelques pourcents de surproduction suffisent à rompre l’équilibre et à provoquer une chute rapide et durable des prix payés aux producteurs.

La Coordination Rurale rappelle que le prix du lait est avant tout un prix de marché. Il ne peut être corrigé durablement par des mesures ponctuelles ou des effets d’annonce. La seule réponse structurelle repose sur une régulation adaptée, capable d’agir en amont dès l’apparition des premiers signaux de déséquilibre.

Depuis 2009, la Coordination Rurale défend la mise en place d’un outil européen de régulation des marchés, fondé sur des indicateurs communs, clairs et transparents. Ces mécanismes ont déjà démontré leur efficacité lors de crises passées, notamment à travers les dispositifs européens de réduction volontaire de la production activés en situation d’urgence.

Cette régulation doit également s’accompagner d’un meilleur équilibre des matières. La Commission européenne doit pouvoir définir un modèle économique permettant d’éviter les excédents de poudre de lait écrémé, notamment par l’orientation de certains volumes vers l’alimentation animale. Une telle approche contribuerait à réduire la dépendance européenne aux importations de protéines et à limiter les impacts environnementaux liés à la déforestation.

Seule une régulation à l’échelle européenne peut garantir des règles équitables et un partage juste des efforts entre pays producteurs. Produire pour exporter de la valeur est un objectif légitime, mais il ne peut se faire sans limites ni contreparties. L’équilibre entre consommation intérieure, exportations, importations et volumes produits doit redevenir le pilier central de la politique laitière européenne.

Sans anticipation, sans régulation, sans équilibre et sans transparence, la filière restera enfermée dans des cycles récurrents de surproduction et de crise, empêchant toute visibilité économique durable. Cette instabilité pénalise directement les producteurs et compromet l’avenir de l’élevage laitier, en particulier pour les jeunes souhaitant s’installer.

La Coordination Rurale appelle à dépasser les réactions tardives et à engager enfin une stratégie laitière européenne cohérente, durable et structurante, capable de sécuriser les revenus des producteurs et de stabiliser la filière dans le temps.

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