La colère agricole que nous voyons aujourd’hui n’est ni illégitime ni surprenante. Elle dit l’épuisement d’un modèle agricole pris en étau entre des prix imposés par l’industrie agro-alimentaire et la grande distribution, souvent au-dessous des coûts de production, une concurrence internationale déloyale et des choix politiques qui sont favorables au grand export et aggravent la situation au lieu de la résoudre. L’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur en est une illustration criante.

L’accord de libre-échange entre l’UE et le Mercosur repose sur un déséquilibre assumé par ceux qui l’ont voulu : mettre en concurrence des agricultures soumises à des normes très différentes, au détriment des paysannes et paysans et des territoires. Cette logique mercantiliste ne pousse pas à mieux produire, elle pousse à produire moins cher, quitte à sacrifier l’environnement, la santé et la qualité. Et quand cette concurrence devient trop visible, la tentation est toujours la même : abaisser nos propres exigences.
Les annonces récentes du gouvernement sur les nitrates s’inscrivent dans cette fuite en avant. En Bretagne, territoire déjà profondément marqué par la pollution de l’eau et les marées vertes, relever les seuils d’acceptabilité serait un signal désastreux. On ne règle pas une crise en niant ses causes, on ne soigne pas en cassant le thermomètre. On ne protège pas les agriculteurs en demandant aux territoires d’encaisser encore davantage les dégâts environnementaux. Et on ne construit pas l’avenir en faisant comme si l’eau, la santé et les écosystèmes étaient des variables secondaires alors qu’ils sont des déterminants de la vie humaine.
Derrière le Mercosur, il y a aussi un choix agricole clair que l’Union démocratique bretonne conteste : celui d’une agriculture d’exportation, concentrée, standardisée, dépendante des marchés mondiaux. Ce modèle écrase les fermes à taille humaine, réduit le nombre d’agriculteurs et agricultrices et affaiblit notre autonomie alimentaire. Il produit ici comme en Amérique du Sud les mêmes effets : des paysages appauvris, une alimentation uniformisée, des territoires dont la population est dépossédée de sa capacité à décider.
Or l’alimentation, ce n’est pas seulement ce que l’on met dans nos assiettes. Ce sont des paysages, des cultures, des savoir-faire, une relation au vivant. C’est une manière d’habiter un territoire. En Bretagne comme ailleurs, cette relation est forte, ancienne, et toujours vivante. La sacrifier au nom du libre-échange serait une faute politique et culturelle, pire, un crime à l’encontre des nouvelles générations.
L’Union démocratique bretonne défend une autre voie : celle de territoires capables de nourrir leurs populations, dans le respect de l’eau, de la terre, des femmes et des hommes qui y travaillent et qui y vivent. Nous refusons un modèle qui détruit partout les agricultures paysannes et les cultures locales et nous affirmons que les peuples, ici comme ailleurs, ont le droit de préserver ce qui les fait vivre.