
En proposant une grande primaire allant des socialistes à la droite gaulliste, François Bayrou prétend éviter à la France un second tour entre les « extrêmes ». Mais les réactions venues de la gauche comme de la droite disent surtout autre chose : les appareils politiques ne parviennent plus à répondre à une attente devenue centrale, celle d’une véritable rupture.
François Bayrou a peut-être posé la mauvaise question au mauvais moment.
Dans une interview publiée dimanche 9 août dans Le Figaro, l’ancien Premier ministre propose une grande primaire réunissant « tous ceux qui rejettent les extrêmes », du Parti socialiste dans sa version sociale-démocrate jusqu’à la droite gaulliste. L’objectif est clair : faire émerger un candidat capable de rassembler les « démocrates réformistes » et empêcher un duel entre l’extrême droite et l’extrême gauche au second tour de la présidentielle de 2027.
Sur le papier, l’idée se veut rassembleuse. Dans les faits, elle se heurte immédiatement à un mur.
À gauche, Olivier Faure refuse de voir dans cette primaire le prolongement d’un bloc central dont les Français auraient déjà fait le tour. « Les Français ne veulent pas prolonger son “bloc central”, réaliser une alternance “entre soi”, mais une alternative ! », affirme le premier secrétaire du Parti socialiste, qui défend pour sa part un bloc social et écologique.
À droite, le rejet est tout aussi net. Othman Nasrou, secrétaire général des Républicains, refuse lui aussi la logique d’une primaire transpartisane et estime que les Français veulent « une vraie rupture ». Horizons, de son côté, maintient sa ligne : pas de primaire et une candidature d’Édouard Philippe.
Autrement dit, Bayrou rassemble déjà… contre lui.
Mais au-delà du sort de cette primaire, le véritable problème est ailleurs. Il ne tient pas à la mécanique électorale. Il tient à l’offre politique.
Toujours la même équation : comment additionner les appareils existants pour empêcher quelqu’un d’autre de gagner ?
Mais la question de 2027 pourrait être beaucoup plus brutale : que propose-t-on aux Français qui ne veulent plus choisir entre des offres politiques qu’ils jugent épuisées ?
La France n’a pas seulement besoin d’un candidat capable de réunir des socialistes, des centristes et des gaullistes autour d’une même table. Elle a besoin d’une nouvelle offre politique capable de réunir des Français autour d’un même projet. Ce que François Bayrou, Othman Nasrou et Olivier Faure ne comprennent peut-être pas, chacun depuis son propre camp, c’est une chose simple : les Français ne veulent plus de la vieille politique.
Et si la primaire de Bayrou fait déjà flop, c’est peut-être parce qu’elle arrive avec une vieille réponse à une nouvelle demande : les Français ne cherchent plus seulement un candidat de rassemblement. Ils cherchent une politique de rupture, de responsabilité et de renouvellement.
Il faut bien le dire : aujourd’hui, cette aspiration trouve une incarnation avec Jean-Luc Mélenchon. Qu’on adhère ou non à son projet, difficile de nier qu’il propose autre chose que la simple reconduction du paysage politique existant. Là où Bayrou cherche à additionner les forces du centre, Mélenchon entend déplacer le rapport de force et porter une nouvelle offre politique à gauche. Sa stratégie pour 2027 repose d’ailleurs sur une candidature assumée et sur la recherche d’un accord avec les écologistes autour d’un projet commun.