Classes surchargées, enseignants absents, manque d’infirmières et de personnels, bâtiments dégradés, emplois du temps épuisants, angoisse de Parcoursup… La colère des lycéens ne sort pas de nulle part. Elle s’appuie sur une réalité vécue chaque jour dans les établissements scolaires.

Quand les lycéens descendent dans la rue, certains voudraient réduire leur mobilisation à une simple contestation passagère. Pourtant, derrière les manifestations, il y a des revendications très concrètes : avoir des enseignants, pouvoir être soigné et accompagné, étudier dans des locaux dignes et bénéficier de conditions de travail permettant réellement de réussir.
Le gouvernement ferait bien de relativiser les quelques actions de violence. Rappelez-vous mai 1968, la mobilisation avait atteint une tout autre ampleur, avec des manifestations massives, des occupations d’universités et de lycées, des affrontements et une grève générale qui a profondément marqué le pays.
Des lycéens face au manque de professeurs
Premier problème : les enseignants manquent dans les établissements.
À la rentrée 2026, 4 000 postes d’enseignants auraient été supprimés. Au même moment, au moins un professeur manquerait dans 53 % des collèges et lycées publics.
Dans les classes, la situation se dégrade également. En lycée général et technologique, les effectifs seraient passés de 27,7 élèves par classe en 2010 à 30,2 en 2025.
Plus d’élèves, moins de personnels : comment demander ensuite aux jeunes de réussir dans les meilleures conditions ?
Depuis 2017, environ 10 000 postes d’enseignants auraient par ailleurs été supprimés dans les collèges et lycées.
Pour les élèves, cela signifie des cours non remplacés, des classes chargées et des enseignants confrontés à des conditions de travail toujours plus difficiles.
Quand l’école ne peut plus prendre soin de ses élèves
L’école ne sert pas uniquement à transmettre des connaissances. Elle doit également pouvoir protéger et accompagner les jeunes.
Or, les moyens consacrés à la santé scolaire apparaissent très insuffisants.
Environ 7 800 infirmières scolaires devraient assurer le suivi de près de 12 millions d’élèves. Cela représente environ une infirmière pour 1 543 élèves, alors que certaines estimations évaluent les besoins à 23 000 infirmières.
En Seine-Saint-Denis, la moitié des collèges et lycées seraient même dépourvus d’infirmière scolaire.
Dans le même temps, deux infirmières scolaires sur trois seraient en situation de souffrance professionnelle.
Et derrière ces chiffres, il y a des jeunes.
Des jeunes qui peuvent être confrontés au mal-être, à l’angoisse, au harcèlement ou à des difficultés psychologiques et qui doivent parfois attendre pour être écoutés et accompagnés.
En 2022, 15 % des lycéens présentaient ainsi un risque important de dépression selon les données citées.
Comment demander aux jeunes de tenir lorsqu’on réduit les moyens permettant de les accompagner ?
Moins d’AED, moins d’accompagnement
Les assistants d’éducation sont eux aussi indispensables au fonctionnement quotidien des établissements.
Pourtant, un collège ou lycée sur trois manquerait d’au moins un AED.
Ces personnels assurent une multitude de missions : surveillance, accompagnement, prévention des conflits, gestion de la vie scolaire et présence auprès des élèves.
Mais leurs propres conditions de travail restent difficiles. Il n’existe notamment pas de véritable grille salariale nationale permettant une progression claire de leur rémunération, tandis que leur temps de travail peut atteindre 42 heures par semaine.
Une école qui manque d’adultes est une école qui laisse aussi les élèves davantage seuls face à leurs difficultés.
Des journées qui épuisent
L’école devrait permettre d’apprendre. Elle ne devrait pas épuiser.
Pourtant, selon les chiffres avancés, 99 % des collégiens et lycéens déclarent être épuisés après une journée de cours.
87 % considèrent leur emploi du temps comme chargé ou surchargé.
22 % disposeraient de seulement une demi-heure pour déjeuner.
Et la moitié des collégiens et lycéens déclareraient renoncer à des activités extrascolaires faute de temps libre.
Le constat est simple : à force de vouloir faire toujours plus entrer dans les emplois du temps, on finit par ne plus laisser aux jeunes le temps de vivre.
Parcoursup : l’angoisse au bout du lycée
À la fatigue scolaire s’ajoute l’angoisse de l’orientation.
Parcoursup est devenu pour de nombreux lycéens un moment particulièrement stressant. Selon les chiffres cités, 81 % d’entre eux considèrent la plateforme comme une source d’angoisse.
L’affirmation selon laquelle un élève sur huit serait exclu de l’enseignement supérieur en raison de Parcoursup doit être précisément documentée et distinguée des situations d’élèves qui n’ont pas encore reçu de proposition à certaines étapes de la procédure.
Mais une chose demeure : l’orientation post-bac représente une pression considérable pour de nombreux jeunes.
À 17 ou 18 ans, faut-il déjà avoir le sentiment que son avenir se joue sur une procédure administrative et quelques choix formulés sur une plateforme ?
Étudier dans des bâtiments qui se dégradent
Et puis il y a les murs.
Des établissements trop chauds en été, trop froids en hiver. Des problèmes d’humidité, d’infiltration ou d’aération. Des sanitaires dégradés. Des bâtiments vieillissants.
Selon les chiffres avancés :
- 20 % du parc scolaire serait vétuste ;
- 18 % des lycées seraient concernés par des problèmes de moisissures ;
- la moitié des établissements connaîtrait des infiltrations ou des problèmes d’humidité ;
- 43 % présenteraient des défauts d’aération ;
- 70 % des établissements scolaires seraient concernés par l’amiante ;
- 90 % des collèges et lycées seraient des passoires énergétiques.
Les toilettes constituent également un problème : 10 % des filles et 13 % des garçons ne s’y sentiraient pas en sécurité. Dans 40 % des collèges, les toilettes ne fermeraient pas correctement ou ne disposeraient pas toujours de savon ou de papier toilette.
Et les températures deviennent elles aussi problématiques : dans 63 % des établissements, elles auraient dépassé 30 °C, tandis que 55 % des collèges auraient déjà connu des températures inférieures à 18 °C dans certaines classes.
Peut-on réellement parler de réussite scolaire lorsque les conditions matérielles elles-mêmes ne sont pas réunies ?
« Ils veulent étudier dans de bonnes conditions »
La députée européenne Manon Aubry a apporté son soutien à la mobilisation lycéenne et critiqué les choix budgétaires du gouvernement.
Elle déclare notamment :
« Nos jeunes ne veulent pas se faire matraquer par la BAC, ils veulent étudier dans de bonnes conditions pour avoir le BAC. Leur colère est saine et juste. »
Elle ajoute :
« Ce n’est pas à nos enfants de risquer leur vie en manifestant pour de meilleures conditions d’études, nous devons nous montrer solidaires de la mobilisation lycéenne. »
Leur colère mérite d’être entendue
Les lycéens ne demandent pas le luxe.
Ils demandent des professeurs lorsqu’un enseignant manque. Des infirmières lorsqu’ils ont besoin d’être soignés. Des psychologues lorsqu’ils sont en difficulté. Des AED lorsqu’ils ont besoin d’être accompagnés. Des classes dans lesquelles il est possible d’apprendre. Des emplois du temps qui permettent de respirer. Des bâtiments dans lesquels on peut étudier sans avoir trop chaud, trop froid ou vivre avec l’humidité.
Ils demandent simplement les conditions nécessaires pour apprendre et préparer leur avenir.
Alors oui, leur mobilisation pose une question politique essentielle : quelle école voulons-nous pour notre jeunesse ?
La colère lycéenne ne doit pas seulement être regardée comme un problème d’ordre public. Elle doit aussi être entendue comme l’expression d’une génération qui réclame le droit d’étudier dans des conditions dignes.
Et cette revendication mérite au minimum une réponse.