Candidate à la primaire du Parti socialiste, Ségolène Royal entend faire valoir son expérience et défendre une ligne fondée sur l’apaisement social. Invitée de BFMTV-RMC ce mercredi, l’ancienne ministre a détaillé les raisons de sa candidature et esquissé les grandes lignes de sa campagne.

Ségolène Royal veut se présenter comme une candidate capable de renouer avec une certaine cohérence politique. Forte de son expérience gouvernementale et de sa longue présence dans la vie publique, elle estime disposer d’un atout que les autres candidats à la primaire socialiste n’auraient pas nécessairement : une ligne politique clairement assumée.
Très à l’aise dans les médias, l’ancienne candidate à l’élection présidentielle de 2007 entend notamment porter un message d’apaisement. Selon elle, la France traverse depuis plusieurs années une période de fortes tensions sociales et politiques.
« On a besoin d’apaiser la France qui a été éprouvée par ces années de macronisme, qui ont commencé par le matraquage des Gilets jaunes », a-t-elle déclaré.
Pour Ségolène Royal, les gouvernements qui se sont succédé depuis 2017 ont contribué à alimenter les tensions sociales, avant d’y répondre essentiellement par des mesures répressives.
Elle défend donc l’idée d’une « France tranquille », qui pourrait retrouver confiance dans son avenir grâce à une politique visant à restaurer la paix sociale.
« Chaque fois qu’il y a un mécontentement, y répondre »
La méthode proposée par Ségolène Royal repose sur une idée simple : répondre aux difficultés exprimées par la population plutôt que les laisser s’installer.
« Chaque fois qu’il y a un mécontentement, y répondre », résume-t-elle.
L’ancienne ministre porte également un regard très critique sur les dix dernières années de politique française. Selon elle, les responsables politiques ont « tout cassé par incompétence, par désinvolture, par égotisme ». Une critique qui s’inscrit dans sa volonté de proposer une autre manière d’exercer le pouvoir, davantage tournée vers l’écoute et la recherche de solutions concrètes.
Retraites et dette : Royal s’oppose à une baisse des pensions
Sur la question de la dette publique, Ségolène Royal met directement en cause les gouvernements de la présidence d’Emmanuel Macron. Elle estime que ceux-ci ont contribué à aggraver la situation budgétaire du pays. « Ils ont creusé le déficit par incompétence et font peur aux gens pour qu’ils ne puissent rien revendiquer », affirme-t-elle.
L’ancienne ministre reconnaît néanmoins que des économies devront être réalisées. Elle refuse toutefois que l’effort repose sur les retraités. Elle juge ainsi « scandaleux » de toucher aux retraites et considère que la question de la maîtrise des dépenses publiques doit être abordée autrement.
Port du foulard : « Laissons les femmes tranquilles »
Interrogée sur le port du foulard, Ségolène Royal a également défendu une position placée sous le signe de l’apaisement.
« Laissons les femmes tranquilles », a-t-elle déclaré sur BFMTV, avant de dénoncer ce qu’elle considère comme une focalisation excessive sur les femmes portant le foulard. « Ils sont plus sévères avec une femme en foulard qu’avec un pédocriminel, pour garder les enfants ? », a-t-elle lancé.
Une prise de position qu’elle inscrit, là encore, dans son discours en faveur d’une « paix sociale » et d’une « France tranquille ».
Une éventuelle alliance avec LFI ? Royal veut attendre le choix des électeurs
Sur la question d’une éventuelle alliance avec La France insoumise, Ségolène Royal se montre prudente.
« J’attends de voir ce que disent les électeurs. Je ne fais pas de la magouille entre les partis politiques », affirme-t-elle. La candidate refuse donc, à ce stade, de se prononcer sur les éventuels rapprochements entre formations de gauche, préférant laisser le résultat de la primaire et le choix des électeurs déterminer les rapports de force.
La protection des enfants au cœur de sa campagne
Ségolène Royal entend également faire de la lutte contre les violences faites aux enfants l’un des thèmes majeurs de sa campagne. Elle revendique sur ce sujet une expérience acquise lorsqu’elle était ministre de la Famille et de l’Enfance, puis ministre de l’Éducation nationale.
« Si je suis élue, ce sera zéro tolérance », a-t-elle assuré, affirmant qu’elle ne connaît « aucun homme ni aucune femme » ayant une détermination comparable à la sienne sur cette question. La protection de l’enfance pourrait ainsi constituer l’un des marqueurs de sa candidature, en s’appuyant sur son expérience gouvernementale et sur un sujet susceptible de dépasser les clivages politiques traditionnels.
Après 2022, un nouveau positionnement à gauche
Cette candidature intervient également dans un contexte particulier pour Ségolène Royal. En 2022, elle avait estimé que « le vote utile à gauche, c’est Mélenchon ». Elle avait alors vivement critiqué les candidatures de Yannick Jadot et de Fabien Roussel, estimant que leurs ambitions personnelles avaient empêché Jean-Luc Mélenchon d’accéder au second tour de l’élection présidentielle.
Et si Ségolène Royal tenait sa revanche ?
Celle dont la campagne présidentielle de 2007 avait été, en partie, sabordée par son propre camp — jugée trop traditionnelle, trop souverainiste, trop sociale — tiendra-t-elle enfin sa revanche ?
Sur les réseaux sociaux, les discussions bruissent déjà d’une tentation de voter « Ségo », davantage pour donner une leçon à la gauche actuelle que par adhésion à un programme. Un vote de revanche, voire de défiance, qui pourrait contribuer à rebattre les cartes de cette primaire.