Il y avait les candidats, les caméras, les petites phrases et les sourires de circonstance. Il manquait seulement le principal intéressé. Jean-Luc Mélenchon n’était pas sur le plateau de LCI. Pourtant, à entendre les échanges, il était probablement le candidat le plus présent de la soirée.

Le débat de la primaire de la gauche devait permettre de parler de l’avenir. Il aura surtout permis de constater que le Parti Socialiste continue de regarder dans son rétroviseur.
À certains moments, difficile de ne pas se demander si l’on assistait réellement à un débat de primaire ou à un congrès du Parti socialiste retransmis à la télévision.
Les mêmes fractures. Les mêmes procès en légitimité. Les mêmes interrogations sur les alliances.
Et, au bout du compte, toujours la même question : que faire de Mélenchon ?
Une primaire qui commence par régler ses comptes
Il aura fallu attendre la fin du débat pour aborder franchement la question des alliances avec La France insoumise.
C’est pourtant la question qui structure une grande partie des rapports de force à gauche.
Jérôme Guedj et Raphaël Glucksmann défendent une ligne de rupture avec LFI. Olivier Faure refuse, lui, de considérer comme quantité négligeable les électeurs qui se reconnaissent dans le mouvement de Jean-Luc Mélenchon.
Et forcément, ça finit par déraper.
« Tu me laisses parler maintenant ! », lance Raphaël Glucksmann à Olivier Faure.
Voilà donc la gauche réunie pour parler d’avenir et qui, quelques minutes plus tard, retrouve ses réflexes de congrès : chacun défend sa ligne, son périmètre, sa légitimité et, surtout, explique pourquoi l’autre se trompe.
Le vieux Parti socialiste n’est jamais très loin.
Le débat que personne ne voulait vraiment avoir
Ségolène Royal achève la séquence en s’en prenant directement à Raphaël Glucksmann, auquel elle reproche son « obsession » pour LFI et rappelle qu’il n’appartient pas à la famille socialiste.
Elle défend une alliance avec « toutes les forces de gauche » et exclut un accord avec les macronistes ou la droite.
Autrement dit, le débat revient à son point de départ : qui doit être autour de la table lorsque la gauche cherche à se rassembler ?
Et c’est précisément là que le problème apparaît.
Une partie de la gauche considère désormais La France insoumise comme une force dont il faut se démarquer. Une autre estime qu’on ne peut pas construire une majorité de gauche en faisant comme si des millions d’électeurs n’existaient pas.
Ce désaccord n’est pas anecdotique. Il est devenu l’une des principales lignes de fracture du Parti Socialiste.
Le problème, c’est que le paysage a changé
Il faudrait peut-être que certains responsables politiques acceptent une évidence : la gauche française a changé.
La France insoumise et Jean-Luc Mélenchon ont profondément modifié les rapports de force à gauche, elle est devenue la première force politique de gauche. On peut contester leur stratégie, leurs choix ou leur ligne politique. On peut souhaiter une autre recomposition. Mais on ne peut pas effacer une recomposition politique simplement parce qu’elle dérange.
C’est pourtant parfois l’impression donnée par ce débat.
Et pendant ce temps, les Français regardent ailleurs
Autre enseignement de la soirée : l’audience.
Environ 700 000 téléspectateurs auraient suivi le débat sur LCI.
Certes, une audience ne suffit pas à mesurer l’intérêt politique d’une primaire. Mais elle pose tout de même une question embarrassante.
La gauche passionne-t-elle encore au-delà de ses propres cercles militants et politiques ?
Car pendant que les candidats discutent de leurs futures alliances, de leurs frontières et de leurs désaccords avec LFI, le risque est de donner l’image d’une gauche enfermée dans ses propres querelles.
Une gauche qui parle beaucoup de la gauche.
Et peut-être pas suffisamment du pays.
Le 1er octobre, il faudra aller au-delà du règlement de comptes
Un deuxième débat est prévu le 1er octobre sur France 2 et France Inter.
La Parti Socialiste est confronté à une question stratégique majeure : veut-il reconstruire son unité autour de toutes ses composantes, ou assume-t-il une rupture durable avec La France insoumise ?
Le débat de LCI n’a pas vraiment tranché cette question.
Il a surtout montré qu’elle reste explosive.
Et pendant que le Parti Socialiste cherche encore avec qui il veut vivre, les Français pourraient finir par se demander si il sait seulement ce qu’il veut devenir.