Malgré une mobilisation citoyenne inédite et près de deux millions de signatures contre la loi Duplomb, le bloc central, la droite et l’extrême droite ont choisi de passer en force.

Dans la nuit du 20 au 21 juillet, l’Assemblée nationale a adopté le projet de loi d’urgence agricole par 296 voix contre 224. Les députés du Rassemblement national, de l’Union des droites pour la République et de la Droite républicaine ont voté unanimement en faveur du texte. À leurs côtés, près des deux tiers des députés du camp gouvernemental ont également soutenu cette loi qui réintroduit certains pesticides interdits et assouplit les règles de protection des ressources en eau.

Face à eux, toute la gauche – de La France insoumise au Parti socialiste, en passant par les écologistes et les communistes – a voté contre.

À la tribune, la députée insoumise Aurélie Trouvé a directement interpellé les principaux responsables politiques engagés dans la course à l’Élysée : « M. Attal, M. Philippe, Mme Le Pen, candidats à la présidentielle, vous assumerez donc de faire passer une loi criminelle qui empoisonne nos enfants avec des pesticides toxiques ? Vous devrez en rendre compte devant tous les Français. Ils s’en souviendront. »

Le texte doit désormais être définitivement adopté par le Sénat.

Les contradictions du bloc central

Le vote de plusieurs responsables de la majorité ne manque pas d’interroger.

Marc Fesneau, président du groupe Les Démocrates à l’Assemblée nationale, a voté pour la loi. Quelques jours plus tôt pourtant, il cosignait dans Le Figaro une tribune dénonçant « une vision simpliste, court-termiste » du texte, estimant qu’il « n’assure en rien la préservation des ressources en eau ».

Même revirement chez Gabriel Attal. Le président du groupe Ensemble pour la République a finalement soutenu le texte, alors même que son groupe s’est profondément divisé : une partie des députés macronistes a voté contre, seize se sont abstenus – dont Élisabeth Borne et Agnès Pannier-Runacher – révélant les fortes tensions suscitées par cette loi jusque dans les rangs de la majorité.

Ce vote marque aussi une rupture avec les engagements pris par Emmanuel Macron en 2017. Le candidat promettait alors « l’élimination progressive des pesticides en commençant par ceux qui présentent un risque pour la biodiversité ou la santé » et le développement d’alternatives. Huit ans plus tard, sa famille politique apporte son soutien à un texte qui emprunte la direction inverse.

Une loi qui cristallise les oppositions

L’adoption du texte a immédiatement provoqué de vives réactions.

Jean-Luc Mélenchon a dénoncé « la pire loi Duplomb », accusant Gabriel Attal, Édouard Philippe et Marine Le Pen d’avoir choisi « les intérêts financiers » au détriment de la santé publique, de la biodiversité et de la préservation de l’eau.

Selon lui, cette loi revient à ignorer les millions de citoyens mobilisés contre le texte, à réautoriser un pesticide controversé et à favoriser l’accaparement de la ressource en eau par l’agro-industrie dans un contexte de sécheresses et de canicules de plus en plus fréquentes.

Le leader insoumis a appelé les électeurs à « sanctionner » les responsables de ce vote lors de l’élection présidentielle de 2027, promettant qu’une alternance politique conduirait à l’abrogation de cette loi.

 

Laisser un commentaire

Commentaires

Réseau média web

Liens utiles

Twitter

Afficher plus