Face à la multiplication des crises, Sébastien Lecornu veut montrer que le gouvernement agit. Mobilisation des lycéens, prix du carburant, soutien aux agriculteurs et budget 2027 : le Premier ministre a détaillé plusieurs mesures et fixé ses priorités.

« Les crises se succèdent. » Dès le début de son intervention, Sébastien Lecornu reconnaît la lassitude qui gagne une partie de la population. « Je comprends la fatigue de celles et ceux qui ont le sentiment qu’à peine une difficulté surmontée, une autre se présente », affirme le Premier ministre.

Pour autant, le chef du gouvernement refuse de céder au fatalisme. « Nous sommes dans une situation difficile, mais nous ne sommes pas pour autant sans réponse », assure-t-il.

Mobilisation des lycéens : Lecornu appelle à « prendre les jeunes au sérieux »

La mobilisation dans les lycées constitue l’un des principaux sujets abordés par le Premier ministre. Sébastien Lecornu affirme comprendre les inquiétudes et rappelle que les lycéens ont le droit de manifester, y compris pour contester le gouvernement.

« Ce qui se passe dans les lycées nous touche toutes et tous », estime-t-il. Pour lui, « prendre les jeunes au sérieux », c’est à la fois soutenir leur engagement et leur expliquer les difficultés auxquelles le pays est confronté.

Mais le Premier ministre hausse le ton face aux violences commises ces derniers jours. Il évoque des élèves et des personnels agressés, des policiers et des gendarmes blessés ainsi que des établissements scolaires incendiés ou dégradés.

« On ne peut pas jouer avec la sécurité des jeunes »

Sébastien Lecornu s’en prend également aux responsables politiques qui, selon lui, chercheraient à utiliser la colère des lycéens à des fins électorales.

« On ne peut pas jouer avec la sécurité des jeunes de France », martèle-t-il.

Le Premier ministre dément par ailleurs que les forces de l’ordre aient reçu pour consigne d’affronter les manifestants. « Les forces de l’ordre n’ont pas pour instruction d’affronter les lycéens », assure-t-il. Leur mission est, selon lui, de protéger les personnes et les biens, de faire respecter la loi et de permettre l’accès aux établissements scolaires.

Cinq chantiers pour répondre aux revendications

Pour tenter d’apaiser la mobilisation, le gouvernement a lancé cinq chantiers concernant directement la vie lycéenne.

Parmi les priorités figurent le remplacement des enseignants absents, l’amélioration des conditions matérielles dans les établissements, notamment face aux fortes chaleurs, et une meilleure organisation des temps scolaires.

Le gouvernement veut également rendre Parcoursup « plus transparent et intelligible ». Autre chantier : permettre aux lycéens de disposer d’un « cadre d’expression plus clair et renouvelé ».

Les premières décisions doivent être présentées à la fin du mois d’octobre.

Éducation nationale : 64 milliards d’euros prévus en 2027

Sur le terrain budgétaire, Sébastien Lecornu met en avant les moyens supplémentaires accordés à l’Éducation nationale.

Le budget du ministère atteindrait 64 milliards d’euros en 2027, soit une hausse de 1,2 milliard d’euros sur un an.

« C’est un des rares ministères qui voit ses crédits augmenter », souligne le Premier ministre. Ces crédits doivent notamment permettre de financer les priorités identifiées pour les lycéens.

Le budget de l’Éducation nationale doit être examiné à l’Assemblée nationale à partir du 12 novembre.

Prix de l’essence : le gouvernement va utiliser ses stocks de gazole

La question du prix des carburants constitue également un dossier brûlant.

Le gouvernement affirme avoir renforcé les aides destinées aux grands rouleurs et aux professions particulièrement exposées à la hausse des prix : agriculteurs, professionnels du bâtiment, pêcheurs, aides à domicile et infirmiers libéraux.

Le chèque énergie doit également être versé dès janvier aux ménages les plus modestes.

Mais Sébastien Lecornu écarte une nouvelle baisse massive et généralisée des taxes sur les carburants. Il rappelle que les dispositifs déployés lors de la précédente crise énergétique avaient coûté plus de 70 milliards d’euros aux finances publiques.

« Nous ne pouvons pas rouvrir les mêmes dépenses à chaque crise », prévient-il, alors que les taux d’intérêt sont désormais plus élevés.

Jusqu’à 18 centimes de moins par litre ?

Le gouvernement annonce néanmoins une mesure exceptionnelle pour tenter de faire baisser les prix à la pompe.

Dix millions de barils de gazole issus des stocks stratégiques vont être mis à disposition des distributeurs en France. L’opération doit durer trois mois.

Selon Sébastien Lecornu, ce carburant a été acheté avant la flambée des cours. Il sera donc vendu aux distributeurs au prix de revient des stocks.

Le gouvernement estime que cette mesure pourrait entraîner une baisse comprise entre 12 et 18 centimes par litre de gazole.

Le Premier ministre doit réunir prochainement l’ensemble des distributeurs afin de travailler aux modalités de cette opération.

Agriculture : un nouveau plan d’urgence après la canicule

Les agriculteurs bénéficieront également de nouvelles mesures. Sébastien Lecornu assure qu’un plan d’urgence a déjà été engagé pour répondre aux difficultés provoquées notamment par la récente canicule.

De nouvelles annonces doivent être faites lors du Sommet de l’élevage à Cournon par la ministre de l’Agriculture, après des discussions avec les organisations syndicales.

Le gouvernement prépare également un « plan de relance » pour le secteur agricole.

Budget 2027 : Lecornu veut ramener le déficit à 5 %

Sur le front des finances publiques, Sébastien Lecornu défend un projet de budget présenté comme un effort de redressement tout en cherchant à préserver l’activité et le pouvoir d’achat.

Le déficit public devrait atteindre 5,4 %, malgré les mesures déjà prises.

Le Premier ministre met notamment en avant le vieillissement de la population et l’augmentation des dépenses liées à la santé, aux retraites et à l’accompagnement des personnes.

Le gouvernement prévoit un effort de redressement de 54 milliards d’euros. Dans le même temps, il entend privilégier la « stabilité fiscale » afin de ne pas peser davantage sur l’activité et l’emploi.

« Donner un budget au pays »

Sébastien Lecornu veut désormais convaincre les parlementaires de parvenir à un compromis.

Il reconnaît à l’opposition son droit de contester le projet de budget, mais rappelle que le texte pourra être discuté, amendé et modifié.

« C’est la responsabilité du Parlement […] de donner un budget au pays », insiste-t-il, appelant les différents groupes politiques au « patriotisme ».

Le Premier ministre maintient enfin son objectif de ramener le déficit public à 5 % en 2027. « Je le dis avec gravité, pas davantage », affirme-t-il.

Entre colère lycéenne, pouvoir d’achat, prix du carburant et redressement des comptes publics, Sébastien Lecornu cherche ainsi à afficher un gouvernement à la fois à l’écoute des inquiétudes et déterminé à agir, tout en refusant de reproduire les dépenses massives engagées lors des précédentes crises.

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