Face à la mobilisation de milliers de lycéens, la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet dénonce, dans une tribune publiée par Libération, une réponse gouvernementale qu’elle juge trop répressive. Elle estime qu’une telle réaction n’avait pas été observée depuis Mai 68.

Des lycéens face aux forces de l’ordre, des interpellations, des blessés et un gouvernement qui durcit le ton : dans une tribune publiée dans Libération, Sophie Binet établit un parallèle avec l’une des grandes séquences de contestation de l’histoire récente française.
Pour la secrétaire générale de la CGT, la réponse apportée à la mobilisation actuelle constitue une rupture. Elle affirme que, « au moins depuis Mai 68 », jamais un gouvernement n’aurait répondu de cette manière à une mobilisation lycéenne.
La comparaison renvoie à un moment où les mouvements étudiants et lycéens avaient contribué à déclencher une crise sociale et politique majeure. En mai et juin 1968, les manifestations étudiantes, les occupations d’universités et les grèves ouvrières avaient profondément marqué la société française.
Plus d’un demi-siècle plus tard, Sophie Binet voit dans la mobilisation actuelle l’expression d’un malaise générationnel d’une autre nature. Les revendications portent notamment sur les conditions d’enseignement, le manque de personnels, l’état des établissements, l’accès aux études supérieures et les perspectives professionnelles.
Une génération confrontée à plusieurs crises
La dirigeante syndicale insiste également sur le contexte dans lequel cette génération a grandi. Les lycéens actuels ont connu les attentats de 2015, la crise sanitaire liée au Covid-19, les conséquences du dérèglement climatique, le retour de la guerre en Europe et l’essor rapide de l’intelligence artificielle.
Sophie Binet estime que cette succession de crises contribue à nourrir l’inquiétude des jeunes quant à leur avenir. Elle évoque également la dégradation de leur santé mentale et cite le chiffre de 20 % de lycéens déclarant avoir déjà eu des pensées suicidaires.
Dans ce contexte, elle considère que la mobilisation constitue aussi, pour certains jeunes, une première expérience collective de la participation démocratique.
Du maintien de l’ordre au dialogue
C’est précisément la réponse des pouvoirs publics que Sophie Binet conteste. Elle reproche au gouvernement de privilégier les questions de sécurité et de maintien de l’ordre plutôt que de répondre aux revendications exprimées dans les manifestations.
La secrétaire générale de la CGT ne nie toutefois pas la nécessité de condamner les violences commises contre des personnels ou des établissements. Elle demande en revanche que ces actes ne conduisent pas à assimiler l’ensemble du mouvement lycéen à une menace sécuritaire.
Elle appelle donc à renouer avec le dialogue dans les établissements scolaires et propose que les lycéens puissent être reçus par les rectorats et le ministère de l’Éducation nationale.
Sur le fond, elle réclame davantage de moyens pour l’école, notamment des postes d’enseignants, de conseillers principaux d’éducation, d’infirmiers et d’assistants sociaux. Elle demande également la rénovation des établissements scolaires et la suppression de Parcoursup.
À travers cette tribune, Sophie Binet inscrit ainsi la mobilisation actuelle dans une histoire plus longue des mouvements de jeunesse. La référence à Mai 68 lui permet de souligner, à ses yeux, la portée politique de la confrontation actuelle entre une génération de lycéens mobilisés et le pouvoir exécutif.