C’est le thème proposé lors de la rentrée politique des Insoumis à Valence. Ségolène Royal, invitée à ce débat, a donné une réponse cohérente à cette question, elle a fait l’unanimité du public.

Le dernier livre de Ségolène Royal

« Il y a un vieux dicton populaire qui dit ceci, le malheur assagit les hommes donc si la gauche s’assagit elle disparaît ou alors elle sera le signal d’un malheur. Donc, surtout il ne faut pas qu’elle s’assagisse.

Mais plus près de ce concept la sagesse, on voit qu’il y a des aspects positifs dans la sagesse et puis des aspects moins positifs. Donc il ne faut pas non plus laisser aux adversaires le monopole de la sagesse. Je pense qu’il faut retourner ce concept en leur demandant : 

1 – Qui établit les normes de la sagesse ? 

2 – Qui est vraiment sage et qui n’est pas sage ?

On observe que sage ou pas sage, on l’utilise à l’égard des enfants et on l’utilise aussi à l’égard des femmes. J’ai beaucoup entendu en 2007, elle n'est pas sage, elle n’est pas dans la norme, elle n'a pas les épaules pour mettre le costume sous-entendu, est-ce vraiment une adulte ? Qui va garder les enfants, est-ce qu’on peut lui confier un poids lourd bourré d’explosifs ? Donc ce concept de pas sage c’est aussi une façon de disqualifier ceux qui osent sortir de la norme. Et si on regarde les synonymes positifs de s’assagir, on entend : apaiser, calmer, tranquilliser, soulager, encourager, modérer, s’adoucir, se calmer, se ranger. Tout n’est pas négatif, vous en conviendrez dans ce concept de s’assagir et donc la vraie question est de savoir, mais qui est sage et qui ne l’est pas ?

Et pour savoir qui est sage et qui ne l’est pas, il suffit de renverser la question : est-ce que les politiques que nous subissons nous apaisent ? Est-ce que les politiques que nous subissons nous calment ? Nous tranquillisent ? Est-ce qu’elles nous soulagent ? Est-ce qu’elles nous encouragent ? Donc qui n’est pas sage ? Et dès lors que vous avez des politiques brutales qui s’imposent effectivement ceux qui conduisent ces politiques brutales voudraient faire taire ceux qui les subissent. Les rendre sages, car derrière la notion de sagesse, il y a la notion de bruit. Ceux qui font du bruit et ceux qui n’en font pas. Ceux qui sont corrects en ne faisant pas de bruit, ceux qui sont incorrects en faisant du bruit.

Je voudrais illustrer cette démonstration par deux éléments : le débat qui a lieu à l'Assemblée nationale sur la régression des retraites et je partagerai une phrase extraordinaire de Jean Jaurès du 19 juin 1906 qui tombe pile dans notre sujet et qui est d’une modernité extraordinaire.

Que s’est-il passé au débat sur les retraites ? Effectivement, la NUPES vous avez fait du bruit. Vous avez protesté et donc cette résistance bruyante était déjà un faible écho de ce qui se passait dans la rue. Et qu’elles auraient été les aspirations ou le réconfort donné à ceux qui non seulement ont subi la taxe cartonne, les gilets jaunes et tout ce qu’ils ont subi, et tout ceux qui ont été sacrifié dans la réforme des retraites notamment les basses retraites et la retraite des femmes à qui on vole deux ans de vie. Mais qu'auraient ils pensé si à l'Assemblée nationale, il n’y ai pas eu au moins un écho de ce qu’ils disaient, de ce qu’ils criaient de ce qu’ils voulaient faire entendre et heureusement que ces parlementaires étaient là. On a cherché à les disqualifier, on a cherché à les humilier, on a cherché à les vulgariser, on a cherché à les diaboliser, mais dans la rue, c’était la moindre des choses. Quand on regarde les mécanismes qui ont eu lieu à l'Assemblée nationale et c’est bien grâce à l’union autour de la NUPES qu’il y a eu une majorité relative qui a pu s’imposer à l'Assemblée nationale pour se faire entendre et pour faire du bruit. On a entendu aussi dans ce recul de la dignité du travail et de la justice, elle ne fait pas de bruit ce recul de la dignité au travail, ce recul de la justice, cette montée des injustices ça ne fait pas de bruit, ça ne fait pas de bruit un 49,3, ça ne fait pas de bruit un amendement voté à minuit, ça ne fait pas de bruit des négociations entre chefs de la droite qui imposent ensuite ou retire ses amendements. Tout ce qui se décide dans les salons feutrés et qui organise le recul des acquis sociaux, c’est vrai ça ne fait pas de bruit. Et c’est pour ça que la colère a besoin de s’exprimer à besoin de faire du bruit, sinon il y a des régressions sociales et des gens qui meurent à petit feu et qui voient leur vie se dégrader sans que ça ne fasse de bruit. La responsabilité première de la gauche c’est de pas avoir peur quand on lui parle avec mépris, de décibels que l’on fait entendre à l’assemblée nationale ce sont les décibels que l’on entend dans la rue, que l’on entend dans les familles, en relisant cette phrase extraordinaire de Jean Jaurès

« La violence, ,c'est chose grossière, palpable, saisissable chez les ouvriers : un geste de menace. Il est venu, il est noté. Un acte de brutalité, il est venu, il est retenu. (…) Le patronat n'a pas besoin, lui pour exercer une action violente, de gestes désordonnés et de paroles tumultueuses ! Quelques hommes se rassemblent, à huis clos, dans la sécurité, dans l'intimité d'un conseil d'administration, et à quelques-uns, sans violence, sans gestes désordonnés, sans éclats de voix, comme des diplomates causant autour du tapis vert, ils décident. (…) Ainsi, tandis que l'acte de violence de l'ouvrier apparaît toujours, est toujours défini, toujours aisément frappé, la responsabilité profonde et meurtrière des grands patrons, des grands capitalistes, elle se dérobe, elle s'évanouit dans une sorte d'obscurité. » Jean Jaurès à la chambre des députés 10 novembre 1906.

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