À quelques heures de la primaire socialiste, Philippe Brun est brutalement écarté de la course. Le député de l’Eure est suspendu à titre conservatoire du Parti socialiste et de son groupe parlementaire, sur fond d’accusations de harcèlement et de violences physiques. Mais le calendrier de cette affaire pose question. Simple procédure interne ou véritable coup tordu politique ?

Philippe Brun, 34 ans, avait réussi à réunir l’ensemble des parrainages nécessaires pour participer à la primaire socialiste. Sa candidature était donc devenue une réalité politique avec laquelle les autres prétendants devaient composer.
Et puis, à la dernière minute, tout bascule.
Mercredi matin, le député annonce avoir appris « avec stupeur » sa suspension à titre conservatoire du Parti socialiste. Selon son propre récit, une ancienne collaboratrice, qu’il affirme avoir licenciée pour faute grave, aurait saisi la direction du parti la veille au soir, à 23 h 50, pour signaler des faits « pouvant être qualifiés pénalement ».
Philippe Brun affirme ne pas connaître précisément les faits qui lui sont reprochés et assure ne pas avoir été entendu par les instances du parti avant sa suspension.
« Je constate que sur la foi d’un signalement envoyé hier à 23 h 50, on empêche un parlementaire ayant réuni tous ses parrainages d’être candidat », dénonce-t-il.
Le calendrier interroge
Un élément attire particulièrement l’attention : Un premier signalement de son ancienne collaboratrice aurait été adressé au Parti socialiste dès le mois de juillet.
Si cette chronologie est exacte, une question s’impose : pourquoi attendre précisément le moment où la primaire devient décisive pour suspendre le député ?
C’est tout le problème de cette affaire.
Philippe Brun n’a pas été condamné et affirme n’avoir fait l’objet d’aucune plainte en justice. Il conteste fermement les accusations et parle désormais de « fausses accusations ».
Lors d’une conférence de presse mercredi après-midi, le député est allé plus loin, dénonçant un conflit « instrumentalisé par mon propre parti ».
Il affirme également avoir échangé au téléphone mardi soir, vers 22 heures, avec Johanna Rolland, qui assure l’intérim à la tête du PS après Olivier Faure, sans que celle-ci ne lui aurait alors évoqué cette affaire.
Une candidature qui dérangeait ?
Il faut aussi regarder la réalité politique en face.
Philippe Brun avait obtenu ses parrainages. Il était donc en mesure de prendre des voix aux autres candidats. Dans une primaire où chaque voix peut compter, sa présence n’était certainement pas neutre.
Faut-il en conclure que certains ont voulu l’écarter ?
C’est possible. Et ce serait loin d’être la première fois que la politique utilise des méthodes particulièrement brutales pour neutraliser un adversaire devenu gênant.
Mais il faut également se garder de transformer une hypothèse en certitude. Les accusations portées contre Philippe Brun doivent être examinées et les instances du Parti socialiste devront expliquer précisément ce qui leur a été signalé et sur quels éléments elles ont décidé de prendre une mesure aussi lourde.
Reste une coïncidence pour le moins troublante : un signalement intervenant à quelques heures de la décision sur les candidatures, un député qui avait réuni tous ses parrainages, et une suspension qui le prive immédiatement de la possibilité de concourir.
Hasard du calendrier ? Application rigoureuse des règles internes ? Ou opération politique destinée à faire disparaître un candidat devenu encombrant ?
À ce stade, personne ne peut affirmer que Philippe Brun a été victime d’un coup monté. Mais personne ne peut non plus empêcher de poser la question.
Car en politique, le calendrier compte parfois autant que les faits eux-mêmes.