En proposant d’annuler ou de « congeler » une partie de la dette publique détenue par la BCE, Jean-Luc Mélenchon a déclenché une polémique. Mais derrière la formule provocatrice se trouve une question parfaitement sérieuse : pourquoi continuer à faire peser sur les États le poids d’une dette dont une partie est déjà détenue par leur propre système monétaire ?

Jean-Luc Mélenchon

L’idée commence d’ailleurs à trouver un écho dans l’opinion. Selon un sondage YouGov réalisé pour Le HuffPost, 43 % des Français se disent favorables à l’annulation d’une partie de la dette, contre 31 % qui y sont opposés.

Mélenchon n’a donc pas simplement lancé une provocation. Il a ouvert un débat que les défenseurs de l’orthodoxie budgétaire préféreraient parfois refermer immédiatement.

Nagel répond, le débat s’élargit

Le 2 septembre, Joachim Nagel, président de la Bundesbank, s’est opposé à la proposition de Mélenchon, estimant qu’elle serait contraire aux traités européens.

Mais l’argument mérite d’être examiné plutôt que simplement répété.

La BCE a déjà racheté massivement des titres de dette publique sur les marchés secondaires. Et la Cour de justice de l’Union européenne a jugé que certains de ces programmes étaient compatibles avec les traités.

Cela ne signifie pas que l’annulation de dette est automatiquement légale. Mais cela démontre que la question est beaucoup plus complexe que le simple « c’est interdit ».

Mélenchon a donc raison sur un point essentiel : il faut poser la question de ce que la BCE peut faire avec les titres de dette qu’elle détient déjà.

La dette n’est pas une fatalité

Pendant des années, les gouvernements européens ont présenté la dette comme une contrainte presque naturelle : réduire les dépenses, rassurer les marchés et payer les intérêts.

Mais lorsque les taux augmentent, le mécanisme devient dangereux. Les États doivent emprunter davantage pour refinancer leur dette, tandis que le coût des intérêts augmente à son tour.

La dette produit alors de la dette.

Dans le même temps, l’Europe doit investir massivement dans les infrastructures, la transition écologique, l’industrie, le numérique et la défense.

Le paradoxe est évident : on demande aux États de préparer l’avenir tout en leur imposant de consacrer une part croissante de leurs ressources au coût du passé.

C’est précisément ce mécanisme que la proposition de Mélenchon cherche à remettre en cause.

Une question qui dépasse la France

L’Allemagne elle-même est confrontée à d’immenses besoins d’investissement. Réseaux ferroviaires vieillissants, infrastructures à rénover, écoles et numérique : les besoins sont considérables.

Dans ces conditions, pourquoi considérer comme sacrilège toute réflexion sur la dette détenue par la banque centrale ?

La dette n’est pas une religion. C’est un instrument économique et politique.

L’histoire européenne l’a déjà démontré. L’Allemagne a elle-même bénéficié d’une importante restructuration de sa dette en 1953.

La véritable question n’est donc pas de savoir si l’on peut toucher à la dette. L’histoire montre que c’est possible.

La question est de savoir dans quelles conditions, avec quelles garanties et au bénéfice de quelle politique économique.

Mélenchon a ouvert une brèche

Ses adversaires peuvent contester son projet, son calendrier ou sa faisabilité juridique. Ils peuvent également défendre la nécessité de préserver la crédibilité de la BCE.

Mais ils ne peuvent plus se contenter de caricaturer la proposition.

Car le débat est désormais posé : faut-il continuer à laisser les marchés financiers dicter une partie des marges de manœuvre des États, ou utiliser les outils monétaires européens pour permettre davantage d’investissements ?

Avec sa formule provocatrice, Mélenchon a peut-être réussi ce qu’il cherchait : faire tomber un tabou.

Le débat sur la dette ne doit plus être réservé aux technocrates et aux marchés financiers.

Il est politique. Et sur ce point, Mélenchon a raison.

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