Malgré l’opposition du gouvernement, le Sénat a adopté, dans la nuit du lundi 29 au mardi 30 juin, un amendement autorisant la réintroduction de deux pesticides jusqu’alors interdits. Cette disposition s’inscrit dans le cadre du projet de loi d’urgence agricole.

Par 183 voix contre 129, les sénateurs ont rétabli, à l’initiative des groupes Les Républicains et centristes, une partie des mesures de la loi Duplomb, dont plusieurs dispositions avaient été censurées en 2025 par le Conseil constitutionnel.
Pour Laurent Duplomb, cette réintroduction vise à mettre fin à une situation qu’il juge pénalisante pour l’agriculture française. « Nous sommes les seuls à interdire des molécules en Europe depuis plus de dix ans. On tue à petit feu notre production française de fruits pour finir par importer en masse ces mêmes fruits, produits avec ces mêmes molécules », a-t-il déclaré. Selon lui, cette « hypocrisie » fragilise plusieurs filières, notamment celles de la betterave, de la pomme, de la cerise et de la noisette.
À gauche, les critiques ont été vives. Les groupes d’opposition ont dénoncé une « surenchère pro-pesticides » et un « acharnement », faisant écho aux inquiétudes des associations de défense de l’environnement. Celles-ci s’alarment de la possible réintroduction de l’acétamipride, un insecticide de la famille des néonicotinoïdes, considéré comme toxique pour la biodiversité et dont les effets potentiels sur la santé humaine suscitent des préoccupations.
La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, s’est également opposée à cette mesure. « Lorsque des doutes sérieux existent sur les effets d’une substance pour la santé humaine ou pour la biodiversité, notre responsabilité est d’agir avec prudence », a-t-elle affirmé.
La question devrait désormais être au cœur des discussions entre députés et sénateurs. Réunis à la mi-juillet en commission mixte paritaire (CMP), ils devront tenter de parvenir à un compromis sur le texte.
En amont du vote, Jean-Luc Mélenchon, candidat déclaré à l’élection présidentielle, avait appelé à la mobilisation sur les réseaux sociaux. « Attention ! Les sénateurs se préparent à voter la réintroduction d’un produit qui provoque des malformations du cerveau des fœtus », a-t-il écrit, relançant le débat sur les risques sanitaires associés à l’acétamipride.