Édouard Philippe avance sur une ligne de crête. Réuni ce week-end à Reims pour le conseil national d’Horizons, l’ancien Premier ministre a tenté de clarifier son positionnement politique sans jamais réellement trancher entre son passé récent macroniste et son ambition de devenir le candidat naturel de la droite et du centre.

« Moi je sais d’où je viens : de la droite », a-t-il martelé devant ses soutiens. Une manière de rassurer un électorat conservateur dont il convoite les voix. Mais la démonstration peine à convaincre. Car Édouard Philippe ne peut effacer son histoire politique d’un revers de main. Il fut le Premier ministre d’Emmanuel Macron pendant trois années décisives du quinquennat, incarnant pleinement la politique menée entre 2017 et 2020.
À droite, beaucoup n’ont d’ailleurs jamais pardonné ce ralliement. Les Républicains avaient alors considéré qu’il avait quitté leur famille politique. Le même reproche est aujourd’hui adressé à Rachida Dati, devenue ministre de la Culture d’Emmanuel Macron après avoir longtemps incarné la droite sarkozyste.
Le problème d’Édouard Philippe tient précisément à cette ambiguïté permanente. Horizons se veut un mouvement indépendant, mais demeure profondément lié à la macronie. Le parti tente de conjuguer droite, centre et héritage présidentiel dans une synthèse qui ressemble surtout à un exercice d’équilibrisme politique.
Autour d’Édouard Philippe, nombre de figures suivent le même parcours. Christophe Béchu, chargé de la communication de sa campagne, en est l’illustration parfaite : ancien sarkozyste, membre des Républicains jusqu’en 2017, il avait finalement rejoint Emmanuel Macron dès la présidentielle avant de soutenir ensuite les listes de La République en marche. Difficile, dans ces conditions, de faire croire à une rupture idéologique nette avec le macronisme.
Les Français, eux, observent ces repositionnements avec méfiance. Ils supportent de moins en moins ces responsables politiques capables de changer de camp au gré des circonstances électorales. Derrière le discours sur « la droite moderne » ou « le dépassement des clivages », beaucoup voient surtout une stratégie opportuniste destinée à capter simultanément l’électorat de droite et les déçus du macronisme.
Édouard Philippe prend néanmoins son temps. Son premier grand meeting est annoncé pour le 5 juillet à Paris, tandis que son programme ne devrait être dévoilé qu’après l’été. À ce stade, les contours de son projet restent flous. Le candidat soigne son image, travaille sa stature présidentielle, mais évite encore les débats de fond.
Reste enfin un élément qui nourrit les critiques de ses opposants : son appartenance à la promotion 2011 des « Young Leaders » de la French-American Foundation ainsi que sa participation, en 2016, à une réunion du groupe Bilderberg. Pour certains, ces réseaux symbolisent une mondialisation politique et économique éloignée des préoccupations des Français.
À vouloir être à la fois l’homme de droite, l’héritier du macronisme et le candidat du dépassement, Édouard Philippe prend le risque d’apparaître surtout comme le représentant d’un centre sans véritable colonne vertébrale idéologique.