À mesure que l’échéance présidentielle se rapproche, les lignes commencent à bouger à droite. Dans un entretien accordé au Figaro, Xavier Bertrand a confirmé qu’il n’écartait plus l’hypothèse d’une candidature. Le président des Hauts-de-France explique vouloir encore « tester ses idées » avant de prendre sa décision, sans doute d’ici la fin de l’année. Une prudence qui contraste avec l’agitation de nombreux prétendants déjà en campagne permanente.

Xavier Bertrand

« Je vérifie si ce que j’ai en tête et ce que je veux proposer le moment venu correspond vraiment aux besoins du pays, à ce qu’attendent les Français », confie-t-il. Une démarche qui traduit moins une hésitation qu’une volonté de construire un projet avant de construire une candidature.

La question est désormais simple : qui peut réellement incarner la droite républicaine lors de la prochaine présidentielle ?

Gabriel Attal et Édouard Philippe sont régulièrement présentés comme des candidats de droite. Pourtant, leur parcours politique et leur action gouvernementale les inscrivent davantage dans la continuité du macronisme que dans l’héritage des Républicains. Ils représentent un courant libéral et centriste, mais pas la droite classique telle qu’elle s’est construite depuis plusieurs décennies.

Dans cette perspective, deux personnalités émergent véritablement : Bruno Retailleau et Xavier Bertrand.

Le premier a fait de la fermeté identitaire et régalienne sa marque de fabrique. Ce positionnement séduit une partie de l’électorat de droite, mais il reste fortement clivant et pourrait compliquer un rassemblement au second tour d’une élection présidentielle.

Xavier Bertrand suit une autre stratégie. Son discours est ferme sur les questions d’autorité, de sécurité ou d’immigration, mais il y ajoute une forte dimension sociale et territoriale. C’est cette capacité à conjuguer l’ordre et la proximité qui constitue sans doute son principal atout.

Son expérience plaide également en sa faveur. Depuis près de dix ans, il dirige les Hauts-de-France, une région de près de six millions d’habitants confrontée à d’importants défis économiques et sociaux. Il revendique un bilan fondé sur l’action plutôt que sur les effets d’annonce. « Tout ce que je fais pour six millions de personnes, je peux le faire pour 68 millions de Français », affirme-t-il en défendant un projet de transformation du pays.

Autre différence majeure avec plusieurs responsables de droite : Xavier Bertrand n’a jamais participé à la majorité présidentielle. Dès 2017, il avait choisi de prendre ses distances avec Emmanuel Macron, refusant toute ambiguïté politique. Dans un entretien accordé à Valeurs actuelles, il résumait son analyse en une formule : « Macron est un homme miroir. Il présente à ses interlocuteurs l’image qu’ils veulent voir. Mais derrière le miroir, on ne sait pas ce qu’il y a. »

À l’inverse, Bruno Retailleau a fait un choix politique différent. En acceptant d’entrer au gouvernement d’Emmanuel Macron, il a pris le risque de brouiller la frontière entre Les Républicains et la majorité présidentielle. Ses soutiens y voient un acte de responsabilité au service de l’État. Ses détracteurs, en revanche, considèrent qu’il a contribué à entretenir une forme de proximité avec un pouvoir que la droite n’a cessé de critiquer depuis 2017. Ils rappellent également qu’il a quitté la présidence du groupe régional des Pays de la Loire afin de privilégier son engagement national, un choix qui, selon eux, illustre une ambition démesurée.

Cette différence de parcours est loin d’être anodine. Là où Xavier Bertrand a toujours revendiqué son indépendance vis-à-vis du macronisme, Bruno Retailleau porte désormais le bilan d’une participation gouvernementale. Dans une campagne présidentielle où la cohérence et la constance seront scrutées par les électeurs de droite, cette distinction pourrait peser lourd.

Sa candidature prend progressivement forme. Les déplacements se multiplient, à l’image de sa récente participation au Festival interceltique de Lorient. Son mouvement Nous France poursuit son implantation sur le territoire et rassemble de nouveaux militants. Sans précipitation, Xavier Bertrand construit un réseau, affine son projet et prépare le terrain.

La droite aura besoin d’un candidat capable non seulement de convaincre son électorat traditionnel, mais aussi de parler aux classes moyennes, aux territoires et aux électeurs modérés qui feront la différence lors d’un second tour. À ce jeu-là, Xavier Bertrand possède des arguments solides : une expérience reconnue, une indépendance politique assumée, un ancrage territorial fort et une image moins clivante que celle de plusieurs de ses concurrents.

Sa candidature n’est pas encore officielle. Mais si elle se confirme, elle pourrait rapidement s’imposer comme l’une des plus sérieuses de la droite républicaine.

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