« Combien faudra-t-il de Lyhanna pour être enfin entendus ? » La question, lancée avec gravité par Me François Roujou de Boubée, avocat de la famille de la jeune Lyhanna retrouvée morte la semaine dernière dans le Gers, résonne comme un réquisitoire contre l’état de la justice française.

Pour l’avocat, ce drame n’est pas seulement celui d’une famille endeuillée. Il est aussi le symptôme d’une institution judiciaire à bout de souffle. Selon lui, « ce drame aurait pu être évité » si la justice avait disposé des moyens nécessaires pour accomplir pleinement sa mission.

L’avocat décrit un système saturé : des greffiers et des magistrats submergés par des montagnes de dossiers, des décisions de justice qui restent inappliquées faute de personnel, des experts refusant certaines missions en raison d’une charge de travail excessive, ou encore des rapports d’expertise rendus plusieurs mois après leur demande.

« J’ai vu des instructions judiciaires pour viol durer des années parce qu’il n’y a pas assez de juges ni suffisamment de places d’audience. J’ai vu des magistrats désespérés parce qu’ils n’ont plus les moyens de remplir leur office », déplore-t-il.

Me Roujou de Boubée s’est également montré très critique à l’égard de l’initiative du ministre de la Justice, Gérald Darmanin, visant à réexaminer 70 000 plaintes impliquant des mineurs d’ici au 14 juillet. Une annonce qu’il qualifie de « poudre de perlimpinpin », estimant qu’un tel objectif est irréalisable sans dégrader davantage la qualité du travail judiciaire.

L’avocat souligne également le manque chronique de ressources humaines dans les juridictions. « Il y a des centaines de plaintes pour viol au parquet d’Auch et seulement un procureur pour les traiter. Est-ce sérieux ? », interroge-t-il. Il rappelle que plusieurs pays européens disposent de quatre fois plus de magistrats que la France, ce qui permet des délais de traitement nettement plus courts.

Pour lui, faire porter la responsabilité de tels drames à l’institution judiciaire elle-même revient à se tromper de cible. La véritable responsabilité incomberait aux choix politiques ayant conduit à un sous-financement durable de la justice.

« Si la justice avait eu davantage de moyens, ce drame, comme tant d’autres, aurait pu être évité », affirme-t-il. Appelant chacun à assumer ses responsabilités, « jusqu’au plus haut sommet de l’État », il insiste sur la position des parents de Lyhanna, qui refusent toute récupération politique de l’affaire.

« Nous ne demandons ni une nouvelle loi ni une nouvelle réforme. Nous demandons des moyens et l’efficacité de ces moyens », conclut-il. Un appel qui dépasse désormais le seul cadre de cette tragédie et pose une question fondamentale : combien de drames faudra-t-il encore avant que la justice dispose des ressources nécessaires pour protéger les plus vulnérables ?

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