La pêche artisanale et 85 km de côtes normandes sacrifiés

Alors que la construction de la centrale éolienne en mer de Dieppe–Le Tréport est en cours et s’ajoute à celle de Fécamp, mise en service en 2024, défigurant encore davantage le paysage des côtes d’Albâtre et d’Opale, un nouvel appel d’offres (AO10), le plus important d’Europe, vient d’être lancé : 10 GW de puissance, soit environ 625 éoliennes en mer supplémentaires, qui s’ajouteront aux 650 déjà programmées ou installées.

L’indignation est totale : 40 % de ce déploiement industriel est concentré sur seulement 85 km de côtes de la Seine-Maritime, entre Étretat et Cayeux, le long du rail maritime de la Manche–mer du Nord, l’une des zones les plus fréquentées au monde par un trafic intense de navires transportant des hydrocarbures.

Au cœur du projet, Fécamp 2 : 4 GW, soit huit fois la puissance de Fécamp 1 ou une emprise équivalente à huit fois la superficie de Paris, à seulement 22 km du rivage. C’est une véritable déclaration de guerre au littoral normand, déjà marqué par deux centrales nucléaires et deux parcs éoliens en mer.

Un gâchis sociétal

Ce sont 33 800 emplois de la filière pêche, au niveau national, qui sont appelés à disparaître, contre seulement quelques centaines d’emplois locaux créés. Pour la pêche artisanale, qui contribue à la souveraineté alimentaire, ces projets condamneront des centaines de navires à cesser leur activité et impacteront toute la filière agroalimentaire en aval, avec la suppression de milliers d’emplois.

Le tourisme, l’immobilier et les loisirs nautiques subiront également une dévalorisation durable.

Un déni de démocratie

La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) a été imposée par le Gouvernement par simple décret en février 2026, sans débat parlementaire ni étude d’impact environnemental et socio-économique préalable.

Aucune étude n’a non plus été menée concernant la sécurité de la navigation, la proximité des centrales nucléaires ou les risques géopolitiques. À titre d’exemple, la Suède a annulé 13 projets de parcs éoliens en mer qui auraient multiplié par deux le délai de détection d’une attaque de missiles.

Les lauréats de l’AO10 seront désignés en février 2027, en pleine campagne présidentielle. Cette précipitation est inacceptable : il est urgent de suspendre l’AO10.

Un écocide et une dévastation paysagère

L’AO10 étendrait l’industrialisation du milieu marin le long du littoral français. Pales hachant les oiseaux, vibrations chassant mammifères marins et poissons, déversements massifs d’enrochements, de béton, de résines et de métaux, déplacement de 1,5 million de tonnes de vase et de carbone organique chaque année, modification du cycle du carbone, des habitats marins, des courants océaniques et des écosystèmes…

C’est, selon nous, un désastre écologique programmé et la perte de l’infini de l’horizon marin.

À terre, de nouvelles lignes à très haute tension (THT) ainsi que l’extension des ports dégraderont durablement le cadre de vie.

Un non-sens énergétique et un gouffre financier

La France est déjà en situation de surproduction d’électricité décarbonée à 95 % et exporte à perte entre 15 % et 20 % de son électricité.

Le nombre d’heures où les prix de l’électricité sont négatifs progresse chaque année, ce qui fait exploser le coût des mécanismes de soutien.

Depuis 2025, de fortes indemnités sont versées aux exploitants en contrepartie de l’arrêt de leur production. À peine raccordés, les parcs de Fécamp, Saint-Brieuc et Saint-Nazaire en ont déjà largement bénéficié.

Le coût réel et complet de l’éolien en mer est estimé par la Cour des comptes à environ 400 €/MWh, très loin des 100 €/MWh annoncés dans l’AO10, pour une durée de vie d’environ 25 ans, contre 80 ans pour le nucléaire.

L’éolien, intermittent et non pilotable, déstabilise le réseau et nécessite la construction de nouvelles lignes THT.

La Commission de régulation de l’énergie (CRE) estime à 20 milliards d’euros le coût des raccordements terrestres nécessaires aux 10 GW de l’AO10. À cela s’ajoutent les aménagements portuaires pour le stockage, la sécurisation des parcs à la charge de l’État, les garanties financières nécessaires à leur construction… ainsi qu’une dépendance croissante à la Chine : un tiers des pales du parc de Dieppe–Le Tréport sont déjà d’origine chinoise.

Conclusion

Face à ce passage en force, de très nombreuses associations régionales et nationales ont déposé des recours devant le Conseil d’État contre la PPE3 et préparent d’autres actions afin de suspendre les effets de l’AO10.

Nous appelons les citoyens à faire de ce projet un enjeu majeur de l’élection présidentielle de 2027.

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